jeudi 12 février 2009

Fini le tour !

Le tour de moto est terminé.



Quelle aventure cela a été ? Quelque chose ! Je comprends maintenant la différence entre "tourisme" et "voyage". Le tourisme, c'est prendre une photo depuis des bus en allant d'un point à un autre. Le voyage, c'est tout ce qu'il y a à voir entre ce "d'un point à un autre". Avec nos drivers, nous nous arrêtions en chemin pour voir des plantations, des usines, des villages, des points de vue... Nous étions beaucoup plus proches du Vietnam. Ça restait un tour guidé, mais la formule moto rend le contact plus intime avec le pays. Je suis content de l'avoir fait. Et ça me fait beaucoup de choses à raconter ! Je peux donner une idée des points marquants de ce voyage :

Notre chauffeur, Loc, était tout un numéro. Vétéran de la guerre du Vietnam, il a combattu dans les Central Highlands que nous visitions. Conséquemment, il avait beaucoup d'histoires à raconter. Le récit de la bataille des Charlie Hills fut quelque chose ! Et nous mangions tout le temps en gang, nous avons donc pu profiter de son sens de l'humour.



Le Vietnam burning. Si c'est l'odeur des égouts qui me rend nostalgique de Lille quand je suis au Québec, pour le Vietnam ce sera l'odeur du foin qui brûle. Les feux de broussailles sont pratiqués au Vietnam pour empêcher la mauvaise herbe de pousser (et empêcher ainsi d'autres feux autrement plus gros). Dans les montagnes, de partout on voit des nuages de fumée.

Le dépaysement est total sur les routes du Vietnam. Les poulets et les bœufs sont en liberté (ou en semi-liberté), il y a de tout sur la route (des motos, des tracteurs, des écoliers en vélo, des paysans nu-pieds), les maisons délabrées côtoient les nouvelles maisons en céramique, les enfants qui font des "Allô !" en envoyant la main aux touristes... À noter que ce n'est pas parce que les maisons les plus pauvres sont rapiécées et assemblées de n'importe quels matériaux, qu'elles n'ont pas l'électricité et la télé numérique. En fait, la télé est un cadeau du gouvernement, qui tient à ce que tout le monde dans le pays puisse avoir accès aux messages officiels.

Nous avons visité plusieurs villages de minorités ethniques (il y a 54 minorités ethniques autochtones au Vietnam). Comme au Québec, les autochtones du Vietnam sont sujets à une politique d'assimilation de la part des autorités. Les jeunes doivent aller à l'école vietnamienne et le nombre d'enfants est contrôlé. Les minorités sont généralement très pauvres, particulièrement si elles sont éloignées des routes les plus touristiques. Leurs traditions s'estompent et il y a des gros problèmes de drogue. Bref, Québec et Vietnam pour les droits des autochtones, c'est "the same, same but different".

La jungle millénaire. Les Central Highlands ont déjà été recouvertes de jungle. Aujourd'hui, la forêt fond à vue d'oeil. La déforestation est effrénée, on coupe le bois pour faire place à l'agriculture et les villageois coupent tous les jours des arbres pour alimenter les feux. À ce rythme, sait-on s'il y aura encore un arbre au Vietnam dans 10 ans ? La vie des paysans ici n'est déjà pas simple, alors la question de développement durable est un casse-tête si infernal qu'on ne se la pose même pas. Ça me laisse l'impression que bientôt, quand les forêts auront été rasées et les rivières vidées, la seule solution au développement sera de faire un reset.



La guerre. Partout sur la route, Loc avait des anecdotes à nous faire sur la guerre. Une guerre qui n'a pas été facile pour personne. Les soldats américains ici pouvaient compter sur une aviation terrifiante, mais la jungle, suffocante et peuplée de serpents venimeux, appartenait au nord-vietnamiens. Des quantités énormes de produits extrêmement toxiques ont été déversées sur les forêts vietnamiennes pour défolier les arbres et empêcher les nord-vietnamiens de s'y cacher. Aujourd'hui, ces produits sont encore actifs et la végétation ne parvient toujours pas à repousser. Pire, ce sont les enfants de l'agent orange. Plus de trente ans après la fin de la guerre, les mères intoxiquées donnent naissance à des enfants difformes, monstrueux. Nous aurions pu visiter un orphelinat de ces enfants, mais nos chauffeurs ne s'y sont pas arrêtés et nous en avons fait la demande trop tard. C'est peut-être mieux ainsi, je suis peut-être trop sensible pour ce genre de témoignage.



Les américains pouvaient compter sur des moyens immenses pour se battre, mais les nord-vietnamiens vivaient dans la jungle et la connaissaient parfaitement. De plus, ils ont démontré à plusieurs reprises à quel point ils étaient rusés et dangereux. À un croisement routier important, un point stratégique, les américains avaient installé une base pratiquement imprenable. Sur une dizaine de kilomètres partout autour de la base, la forêt a été rasée et le sol était strié de fil de fer barbelé et recouvert de mines. Au moindre signe de vie, les avions décollaient et bombardaient sans viser. Sauf que les américains ont été trop confiants. Pendant des mois, des commandos nord-vietnamiens profitaient de la nuit pour déminer et se frayer un passage jusqu'à la base. L'attaque fut une totale surprise et la base a été rasée.

Sinon, bien, il fut très agréable de se promener en moto. Un peu dur pour les fesses parfois, mais au moins nous avions le vent et une vue imbattable. Sans que l'on s'en rende compte, le soleil plombait aussi. Après mon premier coup de soleil du voyage, j'ai décidé de porter du long pour me défendre des rayons du soleil. Stratégie dont aura résulté un bronzage en trois niveaux d'intensité. Le torse et le short sont encore blancs comme neige, les jambes et les bras sont d'un beau petit bronzage d'été et j'ai les mains et le nez rouges comme un petit coup d'alcool. Je m'en tire pas mal quand même. En plus, avoir porté du long m'aura permis de ne pas trop me faire piquer... sauf sur les mains. Impossible de vaincre les maringouins !

Bon, mes six derniers jours ressemblent un peu à ça, du mieux que l'on puisse l'exprimer avec des mots !

2 commentaires:

  1. Un privilège que de partager ces moments extraordinaires avec vous. Merci ! xxx

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  2. Wow Pierrick! Tu t'es fait une amie tortue nazi!!! Tu dois être le plus heureux des hommes :P

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